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AS-TU TA CARTE ?

Dans tous les voyages que j’ai faits en milieu autochtone, y a qu’au Québec que les conversations
commencent par : As-tu ta carte?

La question identitaire est très compliquée au Québec.

QUI est autochtone, qui ne l'est pas? QUI est métis, qui ne l'est pas? Qui est blanc? Qui ne l'est pas?
QUI décide de QUI on est ou pas? Les autochtones cartés me traitent de blanche parce que je n'ai pas ''la carte''.
Ils me disent aussi que je ne suis pas métisse, puisque selon la LOI au Québec, les Métis ça n’existe pas !

Certains autochtones statués-cartés-numérotés-fichés-reconnus-légalement par un gouvernement de blanc
se sont servi de cette opportunité politique pour tenter de faire arrêter mon projet d’écriture ou encore d’en détourner les fonds.

On m’a accusée de vol de savoir, d’appropriation culturelle et de non-respect de la tradition orale.
S’ils arrivaient à prouver que je suis une blanche, l’argent de mes livres aurait été versé en redevance aux autochtones,
au nom de la défense de la culture et de la propriété intellectuelle.

V’la ma photo.

Avant de faire appel à des avocats et de faire valoir mes droits, j’ai vécu plusieurs années d’intimidation,
de salissage sur les réseaux sociaux, de menaces, de propos racistes haineux et de violence physique et verbale.
Sous l’influence de leaders négatifs, mes livres sont encore interdits dans plusieurs communautés autochtones.
Au nom de la tradition orale, les jeunes n’ont presque pas de livres. Encore moins les livres ‘‘d’une blanche’’
voleuse de savoir. Des livres écrits POUR les autochtones.

Pour avoir la carte, dans le temps, fallait rester sur la réserve et obéir aux lois du gouvernement.
Une belle invention d’une race pour en soumettre une autre. Pour l’acheter, la réduire, la faire taire.
Ceux des cartes sont passé par les pensionnats, les abus, le brainwashage, la dépendance et la violence.
Puis y en a d’autres qui, fuck la carte, ont choisi autre chose.

Je connais le monde ‘‘de la carte’’ : vivre entourée d’autochtones qui haïssent les blancs du plus profond de leurs tripes.
Pour tout ce qu’on leur a fait et pour tout ce qu’on continue de leur faire.
Pour tout ce qu’ils se font subir à eux-mêmes, au nom de cette haine.

Je connais aussi le monde des ‘‘faux de la carte’’ : ceux qui, en principe et à ce qu’il parait, ne devraient pas l’avoir.
Des familles de blonds ou de roux aux yeux bleus qui ont une carte ‘‘de vrai autochtone’’
juste parce que leurs ancêtres blancs vivaient dans les limites territoriales de la réserve, quand la LOI a passé.
Le contraire de ceux qui l’ont pas eue la carte, parce qu’ils vivaient là où c’est devenu le village des blancs.

Je connais aussi le monde des ‘‘envieux de la carte’’ : ceux qui se cherchent une ancêtre autochtone,
quelque part dans leur arbre généalogique, pour avoir une carte qui te fait sauver des taxes, comme les zindiens….

Je connais aussi les ‘‘fausses cartes ‘‘ : version plus ou moins artisanale d’une carte de statut autochtone.
Carte de membre d’une association (oups, pardon), d’une communauté métisse kek part.
Je connais un gars qui se vante d’avoir crossé le concessionnaire pour l’achat de son pickup pas de taxes…

Ah oui! Et j’oublie cette carte que je pourrais avoir, à coup de milliers de $ :
une carte d’autochtone hors-réserve. Bin quin.

Je connais aussi le monde des ‘‘pas de carte’’ : ceux qui l’ont perdue à cause de la LOI.
Celles qui l’ont perdue à cause de leurs choix.
Celles qui mériteraient de l’avoir en crisse.
Ceux qui se la font donner gratis.

Je connais le monde du SILENCE de ceux qui n’ont pas voulu la réserve et qui, en échange de vivre ailleurs,
ont du se taire pour cacher à jamais leurs origines aux enfants. Pour les protéger.
Leur donner une chance de meilleure vie.

Je connais des orphelins sur papier, des baptisés, des adoptés, religieusement blanchis.
C’est quand même assez dur de les cacher, tes origines, quand elles paraissent autant dans tes traits.
Hein grand-maman? Tu t’appellais comment, avant que le curé t’efface ?

C’est dans ce contexte politique, culturel et familial que je me suis cherchée, perdue, oubliée puis trouvée.

Je suis la Métisse.

Une métisse du Québec. Une parmi un million d’autres.
J’honore mes ancêtres venant de 6 nations autochtones d’ici et de 5 nations d’immigrants d’Europe.
Les mêmes nations qu’un paquet de québécois.

Plusieurs associations métisses me demandent de rejoindre leurs rangs et je refuse tout le temps.
C’est de la chicane, des papiers, de la cour, des procès verbaux, des réunions, de la paperasse, des cliques,
de l’opportunisme, de l’envie, du faux, des combats de coq, des guerres de pouvoir.
Métis avec un M majuscule ou minuscule? Métissé ou wannabe?
Les autochtones cartés, les Métis de l’Ouest et le gouvernement regardent tout ça en riant.
Gros cirque de profiteurs.

Y en a d'autres qui me disent que, selon cette LOI qui s’applique aux Métis dans l’Ouest,
je ne devrais pas m'appeler la Métisse parce que je ne suis pas rattachée à une communauté métisse historique.
Ils savent que légalement, il n’y a pas ou peu de communautés métisses reconnues au Québec.
Les communautés métisses du Québec, le gouvernement et les religieux les ont effacé de l’histoire.
Alors les Métis de l'Ouest disent que selon la LOI, ils sont les seuls métis au Canada.
Les autochtones cartés et métissés du Québec sont bien contents de ça.

Toujours selon la LOI :
Avoir des ancêtres blancs et autochtones ne fait pas de toi un métis, culturellement parlant.
Sauf en milieu autochtone, génétiquement parlant. Mais faut pas le dire.
C’est grandir dans une culture métisse qui fait de toi un métis. Ah bon?
Les autochtones nés d'unions mixtes se font traiter de blancs.
Plusieurs autochtones enragent juste à entendre le mot ''métis''.
Au sein d’une même famille, les 1 / 8 peuvent cracher sur les 1/16.
Et faut pas écrire le mot ''indien'' même si on le dit tout le temps, tous les jours, en milieu autochtone.

De la belle merde identitaire juste pour une carte…
De la belle division sociale par profilage racial.
Du racisme ‘‘légal’’.

Croyez-vous vraiment que le gouvernement, depuis 150 ans, a réussi à enfermer tous les indiens dans un carré?
Que les ancêtres, dans les sentiers, ne parlent qu’à ceux qui sont cartés?
Que ceux qui vivent dans leur carré sont de race pure et pas pentoute métissés?
Bullshit.

Moi je vis tranquille, dans le bois. Avec les saisons.
C’est mon choix.

J’ai peut-être pas de carte mais je suis sauvage.
Mes origines, elles paraissent dans mon visage.
Je ne viens pas de la réserve moi, je viens du bois.
Je n’ai pas de statut d’autochtone pis?
J’aime la Forêt.

Vos LOIS croches ne peuvent pas changer ça.

J’ai le droit d’honorer mes ancêtres.
J’ai le droit d’écrire, j’ai le droit d’en vivre.
J’ai le droit de partager mes écrits.
J’ai le droit d’enseigner ce que j’ai appris.
J’ai le droit de protéger la Terre.
J’ai le droit d’aimer mon territoire.

C’est ma Vie. Simple et naturelle.

Je suis libre !